Once upon a time… in Hollywood, de Quentin Tarantino

Posted on 16 août 2019

Si Quentin Tarantino ne fait pas des films pouvant être classés parmi les genres formant la ligne éditoriale de ce blog (quoique pour celui-ci… Mais je ne peux pas en dire plus !), un nouveau long métrage du réalisateur américain fait malgré tout toujours l’évènement, et voici donc le troisième de ses films présentés par ici (après « Django unchained » et « Les huit salopards »). « Once upon a time… in Hollywood », au titre très transparent, s’annonce comme un hommage au cinéma américain, mais pas n’importe lequel, le cinéma hollywoodien des années 60, sorte de deuxième âge d’or avant la période des 70’s, plus sombre, plus rude. Le film se déroule à la charnière entre ces deux périodes, autour d’un dramatique fait divers qui fera la bascule de l’une vers l’autre, à savoir le meurtre de Sharon Tate, commandité par Charles Manson, marquant comme la perte de l’innocence et l’insouciance de l’époque.

 

    

 

A l’évidence, Quentin Tarantino adore cette période, une période qu’il aurait voulu voir se prolonger. Et ainsi, « Once upon a time… in Hollywood », moins fantasque, plus sage que nombre des films précédents du cinéaste, se pare des atours d’un film sinon mélancolique, du moins nostalgique. Il prend son temps, de manière parfois contemplative (nombreux passages en voiture, avec pour seul accompagnement la radio diffusant de la musique de l’époque, l’occasion de souligner à nouveau l’excellence de la BO du film, à se procurer d’urgence !) ou multipliant les saynètes (la rencontre avec Bruce Lee en est l’exemple parfait), et s’il perd un peu de la folie habituelle des films du réalisateur et de son sens des dialogues nombreux et ciselés à l’extrême, il y gagne en douceur, chose inattendue.

 

    

 

Qu’on ne s’y trompe toutefois pas, la réalisation est toujours un modèle du genre. Moderne, inventive, brisant à l’occasion le quatrième mur, elle ne perd de son souffle qu’en de rares occasions, lorsque le scénario lui impose quelques longs tunnels narratifs qui brisent un peu le dynamisme de l’ensemble. Des tunnels narratifs qui ont toutefois l’avantage de développer une certaine ambiance, reflet d’une époque révolue. Car si l’atmosphère est une des grandes réussites de ce film, c’est aussi pour cacher un défaut que certains ne lui pardonneront sans doute pas : son étonnante absence d’intrigue claire. Car oui, il faut bien l’admettre, l’intrigue est pour le moins famélique : on suit la vie d’un acteur de seconde zone, Rick Dalton (interprété de façon magistrale par un Leonardo DiCaprio des grands jours, mais cet acteur a-t-il connu des mauvais jours ?), ancienne gloire d’une série télé western quelques années auparavant et qui peine à percer au cinéma. Rick Dalton est accompagné par Cliff Booth (Brad Pitt, charismatique, magnétique, impeccable de bout en bout et coolitude absolue), sa doublure cascade. Un duo au départ ambigu, qui oscille entre l’égoïsme et la naïveté infantile de l’un et l’apparente décontraction cachant une violence rentrée de l’autre qui semble profiter de la dernière étincelle d’aura de son compagnon. Puis on se rend compte malgré tout que l’indéfectible amitié qui lie les deux personnages (et que le film n’hésite pourtant pas à séparer très régulièrement) en est le ciment indestructible.

 

    

 

Et donc, rien de plus, on suit leurs déambulations, Rick Dalton tentant de redonner un second souffle à une carrière qui bat de l’aile, Cliff Booth rendant régulièrement service à son ami, menant une vie tranquille, sans jamais se plaindre. Est-ce suffisant pour tenir le film ? C’est sans doute affaire de sensibilité, mais pour ma part je n’ai pas vu passer les 2h40 du film, porté par les personnages, leur fêlures, leurs problèmes, leurs petites joies, leurs doutes, leurs contrariétés.

 

    

 

En contrepoint tout de même, il y a Sharon Tate. On peine pendant un certain temps, voire même un temps certain, à percevoir l’intérêt du personnage, dont on connait pourtant le funeste destin. Margot Robbie, qui prête ses traits à la jeune actrice en devenir, a donc bien du mal à retenir l’attention (hormis dans une très jolie scène dans un cinéma ou Margot Robbie, la « fausse » Sharon Tate, va voir un film avec Sharon Tate, la vraie, et jubile des réactions du public). Jusqu’à ce que quelque chose se produise, ce sur quoi je ne peux pas m’étendre sous peine de spoiler l’inspoilable. Et qu’arrive la fin, en forme de rêve tarantinesque de 60’s qui se prolongeraient encore un peu… Sharon Tate est donc centrale dans le propos du réalisateur, elle est l’incarnation du cinéma hollywoodien de ces années, elle en est le symbole en quelque sorte. Et la dernière demi-heure du film, transformant singulièrement son ambiance et sa narration, devient à la fois le moment le plus tarantinesque du long métrage, le moment où le réalisateur retrouve son grain de folie, mêlant humour et grande violence dans un final totalement réussi et qui paradoxalement pourra en gêner plus d’un. La polémique n’est pas là par hasard.

 

    

 

Alors oui c’est vrai, « Once upon a time… in Hollywood » pourra décevoir. Pour sa manière si particulière d’aborder un drame révoltant, pour son calme apparent qui tranche avec la production passée du cinéaste, pour son intrigue très en retrait, un défaut qui cache pourtant de très riches thématiques. Et malgré cela, tout fonctionne. Avec un casting en or massif (aux acteurs cités plus haut, il faut ajouter Al Pacino, Michael Madsen, Kurt Russel, Dakota Fanning, Luke Perry dans sa dernière apparition cinématographique…), le film est une déclaration d’amour à un certain septième art, à une certaine époque, jouant des ses mises en abyme (tournage de films dans le film), de son faux rythme, des ses acteurs au top, de sa reconstitution minutieuse et de ses innombrables références (musicales, filmiques…) pour mieux nous immerger, à travers deux personnages n’arrivant plus à s’adapter à une industrie mouvante, dans un monde qui n’existe plus. S’il n’est sans doute pas le meilleur film de Quentin Tarantino, « Once upon a time… in Hollywood » est pourtant à nouveau une incontestable réussite.

 

 

  
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