Sur Mars, de Arnauld Pontier

Posted on 7 octobre 2019
Cela fait un moment déjà que les éditions 1115 me font de l’oeil, alors que pas mal de blogueurs se sont intéressés à leurs parutions. Et ce qui ressort des articles lus ici ou là, c’est un sentiment de satisfaction : il semblerait en effet que cet éditeur fasse bien les choses, avec des textes de qualité, un prix contenu et de petits objets-livres qui ne passent pas inaperçus avec leur maquette plutôt réussie (allez, si on pouvait enlever le code-barre de la couverture, ce ne serait pas plus mal…). Alors c’est décidé, je vais y voir de plus près, en commençant par un voyage sur la planète Mars avec le bien nommé « Sur Mars » de Arnauld Pontier.

 

Quatrième de couverture :

Et soudain, c’est l’écrasement. Une pression quatre fois supérieure à la gravité terrestre, qui nous plaque sur la couchette. Je crois mourir. Que mes yeux sortent de mes orbites. Que mon cœur va exploser dans ma poitrine. Et puis, au bout de deux minutes trente, un arrêt brutal, à l’inverse, nous propulse en avant, fait décoller nos épaules, malgré les sangles qui nous attachent. Avec l’arrachement de la coiffe de protection, la lumière nous envahit alors dans un bruit sourd : l’éjection de notre tour de sauvetage.

Tout va bien. Tout se déroule comme prévu. Nous avons survécu au lancement. Le baril de poudre sur lequel nous étions assis n’a pas explosé. Il a rempli sa mission : nous sommes libérés de l’attraction terrestre.

 

Le voyage vers Mars, tel qu’il se passera… un jour peut-être.

De tout temps, la SF nous a envoyés sur Mars ou fait côtoyer les Martiens. De Edgar Rice Burroughs à Andy Weir, de Ray Bradbury à Leigh Brackett en passant par H.G. Wells, Kim Stanley Robinson, Fredric Brown, Ian McDonald, Ben Bova, Gregory Benford, Gustave Le Rouge, Arthur C. Clarke, Michael Moorcock ou Philip K. Dick (et j’en oublie un paquet d’autres), la planète a toujours nourri l’imaginaire des auteurs. Et encore, je ne parle là que de littérature ! Car le cinéma n’est pas en reste.

Quoiqu’il en soit, Mars fait rêver. On y situe tout un tas d’aventures, parfois folles et débridées, parfois plus mélancoliques, parfois totalement imaginaires, parfois très réalistes. Et sur dans cette dernière case qu’il faut placer « Sur Mars » de Arnauld Pontier. Cette novella d’une centaine de pages nous donne en effet à lire le récit de voyage d’un astronaute en partance vers Mars avec cinq autres membres de la première expédition humaine vers cet astre tant convoité. Nul prétexte purement SF ici, la Terre n’est pas morte, les aliens n’ont pas débarqué pour nous chasser de notre planète bleue, non, simplement la poursuite (un brin uchronique, puisque l’arrêt du programme des navettes spatiales en 2003 suite au drame de Columbia a conduit à intensifier le programme martien) de la conquête spatiale, dans un but scientifique autant qu’humain.

Et donc nous voici en 2025, avec ce fameux premier voyage. Arnauld Pontier nous installe dans la tête de celui qui sera le premier homme à fouler le sol martien, puisque le texte est en fait son journal personnel. Le tout nous est conté de manière très réaliste, sur un ton très posé, factuel, assez distant d’une certaine manière, en tout cas loin de céder au spectaculaire. « Sur Mars » est le récit du voyage du narrateur, biologiste de son état, et qui dit journal intime dit description factuelle de ce qui se passe durant la mission, mais aussi différentes considérations plus personnelles sur ce qui l’entoure, ses collègues, la planète Mars elle-même, la mission, ainsi que d’autres pensées plus « philosophiques » sur la vie, l’humanité, ce qui la pousse en avant, etc… Après tout, l’auteur nous dit lui-même que « Tout voyage modifie le voyageur » et que « Le voyageur, aussi, modifie le monde ». Il y a donc de quoi réfléchir durant les deux an et demi que dure la mission (un an de voyage aller-retour et un an et demi sur place).

On est donc ici très loin de ce que pourrait nous servir un récit désirant faire dans le grand spectacle. C’est même tout l’inverse, il y a certes des moments de tension, des moments durant lesquels la mission pourrait virer au drame, mais le constat est simple : durant ces moments-là les astronautes sont spectateurs, ils n’auraient aucun moyen de renverser la tendance si un problème technique devait arriver. Dans une mission de ce type, un incident est synonyme de mort, les astronautes le savent et ne peuvent que se reposer sur les calculs réalisés par les ingénieurs lors de la mise au point de la mission et sur les ordinateurs qui les effectuent ensuite en temps réel. Voilà pour le spectacle : on croise les doigts et on attend que ça se passe. Si possible bien.

Pour le reste, le texte nous montre donc ce que pourrait être une mission martienne, une vraie, une réaliste, une mission qu’on espère voir arriver un jour, de notre vivant (en tout cas du mien, ça m’arrangerait… 😀 ). Arnauld Pontier n’oublie toutefois pas qu’il s’adresse ici à des amateurs de SF, et parsème son texte de nombreuses références, littéraires ou cinématographiques. Mais le coeur du récit reste la mission, détaillée, très documentée, avec photos du sol martien reproduit sur quelques pages, ainsi qu’un historique des missions lancées (avec un paquet d’échecs…) vers la planète rouge par différents pays. Un récit qu’on n’hésitera pas à suivre avec des cartes détaillées (ici, , ou bien avec ce site, ou encore, attention ça pèse un peu, ici. Et puis tant qu’on y est, si vous voulez en prendre plein les yeux avec Mars, n’oubliez d’aller voir le site de la caméra HiRISE qui équipe le satellite Mars Reconnaissance Orbiter qui tourne autour de la planète depuis 2006, ou bien les panoramas que Thomas Appéré concocte à partir des photos du rover Curiosity), histoire de visualiser au mieux le parcours des astronautes chargés de préparer sur plusieurs sites l’arrivée des astronautes suivants.

C’est court, mais c’est très sérieux, et la relative froideur du récit n’altère en rien le sentiment de rêve que ressent le lecteur au fil de la novella. Oui, un jour, vraiment, on aimerait vivre ça en vrai.

 

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