Continuum, de James Lovegrove

Posted on 17 mai 2020
Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.

 

Quatrième de couverture :

Robert Stoneham est un Fogg, un pèlerin perpétuel en quête d’éternité, à la recherche du Continuum. Lorsqu’on voyage de cette façon, il faut sans cesse prendre de la Vitesse, et parfois on fait une petite erreur de planification, et on Ralentit. Voilà ce qui est arrivé à Robert Stoneham, qui se retrouve à errer dans une ville glauque, où il s’est réveillé dans un hôpital…

 

Toujours plus vite

Étonnant texte que ce “Continuum”. A la fois terriblement excitant une fois qu’on a saisi le concept qui le sous-tend, et terriblement frustrant tant l’auteur peine à expliciter le dit concept. Grosso modo, il s’agit pour Robert Stoneham (le personnage principal), un “Fogg”, c’est à dire un riche voyageur qui, s’il parvient à Accélérer (la majuscule n’est pas là par hasard), à prendre de la Vitesse (là non plus), va tendre à se rapprocher du fameux Continuum, un bon gros MacGuffin bien voyant, tout en modifiant la réalité autour de lui. Ce n’est pas clair ? C’est normal.

Prendre de la Vitesse, c’est voyager sans cesse, sans s’arrêter, en voiture en train puis en avion, passant d’aéroports aux gares et autres terminaux de voyages quasiment sans discontinuer. Avec pour effet de traverser des villes et des pays (plus ou moins uchroniques) de plus en plus agréables, technologiquement plus évoluées, au niveau de vie plus élevé. Le but étant de parvenir à ce Continuum que certains voyageurs semblent avoir atteint mais duquel ils ne sont jamais revenus.

Mais le moindre problème peut faire Ralentir. Et Ralentir, volontairement ou non, c’est revenir dans des zones moins huppées. Et un Fogg peut être Ralentit par un Fix, une personne qui souhaite se faire un nom en Ralentissant jusqu’à l’arrêt un riche Fogg. Et c’est peut-être bien ce qui est en train d’arriver à Robert Stoneham, lui qui se réveille dans un hôpital d’une ville sordide, victime d’une obscure maladie, avec en tête un rêve étrange. Ce n’est toujours pas clair ? C’est normal.

Et c’est bien le problème de ce texte. Quand on saisit le truc, c’est potentiellement super intéressant, le problème c’est qu’il faut le piger, et même après avoir lu le texte et rédigé cet article, je ne suis toujours pas sûr d’avoir tout bien saisi. En fait, “Continuum” donne l’impression que James Lovegrove a pensé à un concept intéressant mais qu’il n’a pas su l’utiliser/l’expliciter clairement.

Alors pendant tout le texte, au demeurant pas désagréable à lire, on lutte pour y voir clair avec le sentiment qu’on est à deux doigts d’avoir un texte renversant. Sans jamais y parvenir. Bien sûr, on peut voir dans tout ça une critique du tourisme fait à toute vitesse, sans s’attarder sur ce qu’on a devant les yeux et courant à droite à gauche à la poursuite de pas grand chose, et c’est aussi un hommage à Jules Verne avec cette “Fogg Society” qui a ses bureaux à Londres (on pense bien sûr au Reform Club auquel Jules Verne fait référence dans “Le tour du monde en 80 jours”, roman dont le personnage principal est PhileasFogg !) et dont le fondateur s’appelle Julian Vernon. Robert Stoneham possède par ailleurs un Passepartout, un gadget qui lui permet notamment d’avoir des traductions instantanées de n’importe quelle langue, clin d’oeil plus qu’appuyé au Jean Passepartout de Verne.

Ceci étant posé, où cela nous mène-t-il ? A la conclusion du texte de Lovegrove, qui tente de boucler la boucle avec les premiers mots du récit, sauf que, là encore, je n’ai pas su interpréter ce que l’auteur a voulu dire. Ça commence à faire beaucoup. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié ce texte, mais je n’ai pas su le comprendre, tout en ayant constamment en tête qu’il ne manque pas grand chose pour en faire quelque chose de vraiment bien. Mais en l’état, ça ne fonctionne pas. Dommage.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

  
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