Retour à n’dau, de Kij Johnson – Hors-série 2020 “Une heure-lumière”

Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le catalogue complet justement, et une novelette de Kij Johnson. En route !

 

Quatrième de couverture :

Une heure-lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres…

C’est aussi le nom d’une collection réunissant à ce jour vingt-six titres, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur.

Une collection qui, en l’espace de quelques années à peine, s’est bâti un statut de référence dans le paysage éditorial hyper-saturé des littératures de genre. Une heure-lumière célèbre les horizons nouveaux ; le Hors-série 2020, troisième du genre, célèbre Une heure-lumière. Avec entre autres un long récit inédit signé Kij Johnson, autrice, dans cette même collection, de l’époustouflant “Un pont sur la brume” salué par une kyrielle de prix, dont le Hugo, le Nebula et le Grand Prix de l’Imaginaire.

Une heure-lumière… sous une pluie d’étoiles !

 

Être là où on doit être : n’dau.

Il est particulièrement amusant/surprenant de lire “Retour à n’dau” peu après “La Marche du Levant” tant les deux textes ont des points communs sur le contexte astronomique. En effet, là ou “La Marche du Levant” mettait en scène une ville et tout un peuple qui avançait au même rythme que le soleil dans le ciel d’une Terre future, on a dans “Retour à n’dau” (novelette d’une quarantaine de pages) un peuple de nomades, pour lequel les chevaux sont des animaux extrêmement importants (difficile de ne pas penser aux habitants des steppes mongoles), qui s’efforce d’être à la bonne place, n’dau, là où le corps et l’ombre qu’il projette au sol ont la même taille. Un peuple qui bouge donc au gré du mouvement solaire, un mouvement particulièrement lent puisqu’une vie ne suffit pas à la planète (nommée Ping) pour faire un tour complet sur elle-même.

La façon qu’ont les habitants de la planète de voir les mouvements astronomiques est très original : ce ne sont pas eux qui se déplacent, mais la planète qui bouge sous leurs pieds, eux considérant qu’ils restent immobiles sous le soleil, idéalement à n’dau, là où est leur place.

Le sextant nous apprend où nous sommes par rapport au nord et au sud, et l’angle du soleil nous montre que nous sommes là où notre place se trouve, au centre des choses. Les fleuves, les collines, les lacs, les plaines : tout bouge sous nos pieds, mais nous et le soleil restons immobiles : n’dau.

C’est dans ce contexte que nous faisons connaissance avec Katia, jeune dresseuse-guérisseuse du clan Winden, soignant les chevaux et dressant une troupe de chiens rendant de nombreux services au clan entouré d’immenses steppes. Un clan qui s’est éloigné de n’dau, faisant une longue pause pour permettre à leurs chevaux de se repaître correctement et de les faire se reproduire pour en tirer un bon prix. Mais le voici attaqué par une troupe aux ordres d’un certain Empereur, qui cherche à soigner ses chevaux victimes d’une étrange et dévastatrice maladie…

Kij Johnson a déjà eu les honneurs de la collection “Une heure-lumière” avec l’excellent “Un pont sur la brume” (un texte issu du même recueil en VO que “Retour à n’dau”, recueil dont est également issu le très bon “Magie des renards” paru dans l’anthologie 2018 des Utopiales mais aussi “Mêlée” paru dans le numéro 3 de la revue Angle Mort et “Poneys” paru dans le numéro 7 de la même revue), et les éditions du Bélial’ semblent fort justement décidées à continuer de la mettre en avant. On leur en saura gré puisque “Retour à n’dau” est à nouveau une belle réussite de l’autrice américaine (parue en 2000 en VO, pas vraiment récente donc).

Kij Johnson met en effet ici en avant une belle héroïne féminine dotée d’une grande force de caractère, un combat pour la vie, avec une jolie conclusion en forme de radical changement d’orientation sans se poser de questions, qu’elles soient de genre, culturelles, ou hiérarchiques. On ajoutera à tout cela un monde joliment esquissé, avec une incontestable “Le Guin-touch” capable d’imaginer une société “autre” dans un texte empreint d’humanisme et d’une certaine sérénité paisible (avec de la douleur malgré tout, mais Katia ne réagit pas à la violence par la violence, même si elle ne manque pas d’y songer) alors que les évènements vécus par l’héroïne tiennent sans contexte du drame traumatisant. C’est beau, c’est touchant, c’est sensible, ça tient autant de la SF que de la fantasy, c’est très joliment traduit par Anne-Sylvie Homassel (signalons d’ailleurs au passage que, chose surprenante dans le petit monde de la traduction SFFF, Kij Johnson, sur ses six textes traduits en français, a vu défiler six traducteurs différents, cinq femmes et un homme…), c’est réussi. A quand le prochain texte de l’autrice ?

Pour être complet sur ce hors-série, en plus du petit mot d’Olivier Girard (le Big Boss) en tête de volume et du traditionnel catalogue en toute fin, signalons, car il s’agit plus que d’un petit bonus, la vingtaine de pages permettant aux différents traductrices et traducteurs de la collection de s’exprimer sur le format novella, notamment sur celles qu’elles ou ils ont eu l’occasion de traduire pour “Une heure-lumière” avec leurs éventuelles difficultés spécifiques, et puisque qu’un certain nombre de ces traductrices et traducteurs sont aussi des autrices et auteurs, quelle influence la traduction a eu sur leur travail de création fictionnelle. Très intéressant, et en peu de mots on apprend des choses intéressantes sur leur approche de ce type de texte.

Une belle friandise que ce hors-série donc, il serait dommage de ne pas en profiter tant que l’offre dure.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

 

  
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