Dune, de Frank Herbert

Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la sortie d’une belle édition collector (et de la résurrection pour l’occasion de la collection Ailleurs & Demain chez Robert Laffont), reparler de “Dune” c’est surfer sur la hype actuelle, malgré le report du tant attendu film de Denis Villeneuve en octobre 2021. Alors surfons. 😉

 

Quatrième de couverture :

Le chef-d’oeuvre absolu de la science-fiction.
Édition du cinquantenaire.
Traduction revue et corrigée.

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune.
Partout du sable, à perte de vue.
Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert et que l’univers tout entier convoite.

 

Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême

Comment aborder une critique de “Dune” alors que tout ou presque a déjà été dit (ou est en passe de l’être tant l’actualité éditoriale tournant autour de la saga de Frank Herbert est chargée en raison de l’adaptation cinématographique toute prochaine pas trop lointaine de Denis Villeneuve,  pour preuve la parution imminente d’un mook sur le roman chapeauté par Lloyd Chéry, d’un essai signé Nicolas Allard, d’un hors-série de la revue Rockyrama ou bien d’une étude plus axée sur les sciences aux éditions du Bélial’) sur ce célébrissime roman de SF, sans doute le plus vendu au monde ?

On va faire simple : comme un lecteur lambda (ça tombe bien, c’est ce que je suis) qui redécouvre un roman qu’il a lu adolescent et dont il ne garde en souvenir que les grandes lignes de l’intrigue et dont bon nombre de thématiques lui avaient alors échappé. Environ un quart de siècle après la première lecture, ça donne quoi “Dune” ?

Hé bien c’est encore et toujours vachement bien ! D’une manière différente de l’époque de ma première lecture (et c’est tant mieux), mais malgré tout avec toujours autant d’intérêt. Il faut dire que le roman, désolé de ne pas être original sur ce point, est d’une richesse impressionnante, abordant de nombreux thèmes d’importance (écologie, religion, politique, exercice du pouvoir, responsabilité et bien d’autres encore…), toujours d’actualité aujourd’hui (quelle clairvoyance de la part de Frank Herbert qui, plus de 50 ans après la parution du roman, semble nous parler de notre société d’aujourd’hui où politique et religion, en se mêlant, tendent au désastreux, où l’écologie est au centre de nos préoccupations (mais sans doute pas assez malheureusement…), où l’exercice du pouvoir par ceux qui nous gouvernent pose question, etc…), sans jamais oublier d’être également un roman d’aventures, un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte en traversant de douloureuses épreuves, un livre-monde qui ne se dévoile pas forcément facilement (de nombreux néologismes ou mots importés/transformés depuis des langues “inhabituelles” (latin, arabe, hébreu, persan…) et un important lexique en fin de volume) mais qui donne au lecteur sa dose de dépaysement avec son riche contexte qui se dessine peu à peu.

Un contexte qui ne manque pas d’attraits, ne serait-ce que parce que ce lointain avenir (presque 25 000 ans après notre époque !), dépouillé de tout artifice technologique (tout au moins semble-t-il l’être) après un Jihad Butlérien qui a vu les machines pensantes disparaître au profit d’une sur-humanité (les Mentats, véritables ordinateurs-humains, le Bene Gesserit, sororité dont le conditionnement mental et physique donne à ses membres (tous féminins) des capacités hors du commun, ou bien les navigateurs de la Guilde Spatiale, sorte de super-mutants pilotes de vaisseaux spatiaux, le tout n’étant rien d’autre qu’une forme de transhumanisme avant l’heure), est un futur assez rare pour être signalé. Mais c’est évidemment loin d’être le seul attrait du récit. Car il y aurait encore beaucoup à dire sur la planète Arrakis en elle-même, sur l’épice et ses effets, sur les nombreuses factions présentes et les complexes rapports de force qui les lient, sur les plans dans les plans, les machinations à plusieurs niveaux, et bien sûr la destinée de Paul “Muad’Dib” Atréides, “héros” du roman (avec tous les guillemets qui s’imposent mais il faut avoir lu la suite, “Le Messie de Dune”, pour en prendre pleinement conscience…). Tant de choses qui font de “Dune” un grand (et gros : plus de 600 pages) roman.

Il y a aussi des choses qui sont moins réussies dans “Dune” : le rôle des femmes, certes parfois fortes mais dont l’influence sur le récit n’est pas si importante que ça, et la place qu’elles occupent à certains moments (à la mort de leur conjoint chez les Fremen notamment) pose question. Le cycle de l’épice manque également de clarté. Mais aussi gênants qu’il puisse être, et à moins de mettre une priorité absolue sur ces détails (qui n’en sont donc pas forcément, notamment sur les femmes), ils ne pèsent pas tant que ça dans la balance. Tout juste font-ils lever les yeux au ciel de temps en temps, et font se rappeler que le roman date des années 60… Pour le reste, oui “Dune” résiste à l’épreuve du temps, et de quelle manière !

Joliment remis sur le devant des étals avec une belle édition collector au style métallo-rétro qui lui sied ma foi fort bien (avec un design de couverture signé du graphiste espagnol Alex Trochut, une traduction révisée par le bien nommé Feyd-Rautha, une préface inutilement alambiquée et très commerciale de Denis Villeneuve qui a toutefois le mérite d’être là, une deuxième préface autrement plus intéressante et personnelle de Pierre Bordage qui, en plus d’être joliment écrite, fait autant lieu d’hommage au roman d’Herbert que de grille de lecture et de réflexion touchante et personnelle sur ce qu’a apporté la lecture de l’oeuvre au romancier français, et une postface de l’inaltérable Gérard Klein qui fait du Gérard Klein, c’est à dire qu’elle est érudite, qu’il se la pète un peu et qu’il envoie aussi quelques piques ici ou là… 😀 ), “Dune” mérite son statut de roman culte.

Je n’ai pas parlé de l’intrigue du roman, bien connue et sur laquelle il n’est pas bien compliqué de trouver moult renseignements, mais à celui ou celle qui voudrait en savoir plus, si tant est que j’ai pu lui donner envie d’aller plus loin, je n’aurais qu’une chose à dire : lisez “Dune”, arpentez le désert de la planète Arrakis, faites connaissance avec les Fremen, craignez les plans du Bene Gesserit, de l’Imperium ou des Harkonnen, volez en ornithoptère, observer les fameux vers des sables, rencontrez les inoubliables personnages que sont Dame Jessica, le duc Leto Atréides, Gurney Halleck, Duncan Idaho et bien évidemment Paul Atréides, et entrez dans un univers que vous n’oublierez pas de sitôt !

 

  
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