Zapping VOD, épisode 59

Posted on 20 mai 2021
C’est reparti pour une petite fournée de films visionnés au gré des confinements/vacances/congés/grands weekends, etc… Comme d’habitude, du bon, du moins bon, et surtout du prometteur se transformant en déception…

 

Elle, de Paul Verhoeven

Qu’attendre d’un film de Paul Verhoeven ? Quelque chose de cynique, cinglant, frappant, dérangeant ? Bingo, “Elle” est tout cela à la fois. Cette histoire d’une femme violée qui prend l’étrange décision de, dans un premier temps, taire ce qui lui est arrivé avant d’en parler d’une manière particulièrement désinvolte, surprend. Puis l’incompréhension fait place à la sidération quand le spectateur se rend compte du jeu que jouent les personnages, des décisions qu’ils prennent, de la manière dont ils choisissent de vivre leur vie.

Soutenu par l’exceptionnelle prestation d’une Isabelle Huppert renversante de talent en incarnant cette femme libre et dominatrice qui entend vivre sa vie comme elle le souhaite et loin de ce que l’on attend d’elle (de par son statut de femme ou bien en lien avec son passé dramatique), le film devient peu à peu résolument dérangeant et vénéneux.

Paul Verhoeven oblige, le film peut être interprété de différentes manières. La première, sans doute très premier degré, ne pouvant qu’amener son lot de critiques devant un film malsain et scandaleux, ce qui n’a pas manqué d’arriver au moment de sa sortie. La seconde, plus posée, incite à chercher à comprendre une femme qui choisit de vivre sa vie à sa manière, de la contrôler entièrement, libre de toute contrainte, y compris en flirtant avec les limites (et sortant du “cadre” dans lequel la société et, peut-être, les spectateurs, voudraient la faire entrer), et portant tout autant les habits de victime que de prédatrice, entre souffrance et désir de pouvoir.

Terriblement ambigu, subversif, transgressif, le film fait réfléchir un bon moment après son visionnage. Étouffant tout autant que renversant. Pas de doute, Paul Verhoeven a encore des choses à dire, et de quelle manière !

 

La fille du train, de Tate Taylor

Adapté d’un roman de Paula Hawkins (que je n’ai pas lu), “La fille du train” est un thriller mettant en scène une jeune femme alcoolique (excellente Emily Blunt) qui passe tous les jours en train devant la maison d’un jeune couple, maison située à côté de celle de son ex-mari qui s’est depuis remis en couple avec une autre femme avec laquelle il a eu un enfant. Tous ces personnages vont se croiser alors que la jeune femme du premier couple vient de disparaître.

Le film mène plutôt bien sa barque dans la première moitié, navigant habilement entre mystère et couples pas si modèles que ça. Usant régulièrement de flashbacks pour donner de l’épaisseur à ses personnages tout autant que pour expliquer les faits et les situations qu’il décrit, il ne parvient pourtant pas tout à fait à convaincre dès lors qu’on se rend compte que tout le suspense du long métrage ne tient qu’à un seul et tout simple élément (un peu trop artificiel) : l’amnésie d’un personnage. Une fois cette amnésie résolue, tout le suspense disparaît pour laisser la place à une sordide et terrible histoire de couple bien glauque.

Ça partait pourtant bien donc, et puis ça fait un peu pschiiit, en plus d’être très très noir. Déconseillé aux dépressifs…

 

Color out of space, de Richard Stanley

Là encore, ce film adapté du célèbre texte “La couleur tombée du ciel” de H.P. Lovecraft, commence de belle manière. La tension monte progressivement, le suspense (même si on connait le texte) est bien présent et fonctionne bien, les évènements attendus se produisent et créent une ambiance franchement réussie, l’hommage est même bien présent avec le personnage de l’hydrologue (non nommé dans le texte de Lovecraft) qui ici s’appelle Ward Phillips. Le tout replacé à notre époque sans que cela ne pose aucun problème. Même les choix esthétiques, nécessaires pour placer le texte de Lovecraft sur grand écran malgré son aspect inadaptable (cette fameuse couleur qui n’existe pas), sont plutôt réussis. Quant à Nicholas Cage, sans faire des étincelles, il fait le job correctement.

Et puis patatras, tout s’écroule. À croire que Richard Stanley à oublié en cours de route qu’adapter Lovecraft, à moins que le texte de départ soit ouvertement visuel (et c’est rarement le cas, sauf pour “L’appel de Cthulhu”), c’est jouer sur l’ambiance, sans trop en montrer. Comment dès lors accepter que le film finisse pas tomber dans les errements d’un simple film d’horreur nous montrant des corps enchevêtrés, “siamoisés” (une mère et son fils…) ? C’est pour les quelques spectateurs qui n’avaient pas compris qu’une force “autre”, extérieure à l’humanité, est à l’oeuvre ? Pitié, on avait pourtant pigé ! Pourquoi tant de grandiloquence, pourquoi être aussi démonstratif là où un peu de nuances aurait été tellement plus pertinent ? Quant au cosmicisme si cher à l’auteur de Providence, il passe totalement à la trappe devant ce qui finit par apparaître comme un vulgaire “Alien” désincarné, le vaisseau Nostromo devenant la maison au fond de la forêt de la famille Gardner.

Dommage, on est passé près d’une belle adaptation de Lovecraft, mais non, encore raté !

 

Time out, de Andrew Niccol

Devinez quoi ? Ouais, le film commençait bien. Triste habitude… Il faut dire qu’il y a de quoi faire frétiller l’amateur de SF dystopique avec cette société dans laquelle le temps est de l’argent. Littéralement, puisque tout se paie avec du temps. Chaque citoyen, une fois arrivé (et bloqué génétiquement) à l’âge de 25 ans (un âge que plus personne ne dépasse, d’un point de vue physique, ainsi tous les membres d’une même famille semblent avoir le même âge…), se voit doté d’un compteur de temps d’une année, qui est débité à chaque achat et crédité par leur travail. Les plus riches voient ce crédit augmenter significativement pour atteindre voire très largement dépasser le siècle, leur garantissant une vie plus ou moins éternelle. Mais si le compteur tombe à zéro, un risque permanent pour les classes les plus démunies, c’est la mort immédiate.

Un concept fascinant, clairement expliqué à l’écran, et qui ouvre des perspectives assez vertigineuses. S’ajoutent à ça une veille avec des quartiers bien distincts en fonction des revenus de chacun et qui nécessitent pour passer de l’un à l’autre de franchir des péages très couteux en temps ou bien des “gardiens du temps”, sorte de police chargée de surveiller les acquis temporels de chacun et d’éviter vols ou fraudes, et vous obteniez une société tout à fait intéressante à explorer.

Dès lors, on ne peut qu’être déçu d’avoir affaire à un simple thriller suivant les (més)aventures d’un jeune homme qui a obtenu un crédit d’un siècle de la part d’un milliardaire qui a décidé de suicider. Ne parvenant pas à un donner du crédit-temps à sa mère avant qu’elle ne meurt, il décide d’aller fricoter avec la haute société, gagnant à cet occasion un énorme crédit auprès d’un autre milliardaire dans un casino. Cela va bien évidemment éveiller les soupçons des gardiens du temps qui voient d’un mauvais oeil débarquer ce jeune homme qui n’a, à l’évidence, rien à faire au sein d’un système dans lequel il n’a pas sa place, et qu’ils soupçonnent du meurtre du milliardaire suicidaire.

À partir de là, on a droit à une succession de course-poursuites au sein d’un thriller qui coche toutes les cases du genre : jeune héros issu d’une classe défavorisée qui débarque dans un système dont il va profiter avant que le dit système ne se retourne contre lui,  il va faire la connaissance d’une jeune femme qui est, elle, issue de la haute société de ce même système, les deux vont tomber amoureux avant de lutter contre le système, tels des Robins des Bois des temps futurs. Ça court beaucoup bien sûr, il ne faut pas perdre de temps, on est toujours à la limite de voir les compteurs arriver à zéro, etc… Rien que du très classique, et c’est bien dommage parce qu’il y avait moyen de faire tellement mieux, et surtout tellement plus “sociétal”. En l’état, même si on obtient un thriller plutôt sympathique, tout est très survolé. Dommage, mais “Time out” reste un bon film du samedi soir.

 

  
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