Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander, de Audrey Dussutour

Posted on 20 juin 2022
S’il est bien une chercheuse qui a fait parler d’elle ces dernières années, c’est bien Audrey Dussutour, docteure en éthologie. Mais plus que de parler d’elle, il s’agit plutôt de parler de l’étrange organisme qu’elle a étudié (et qu’elle étudie encore) : le blob. Au-delà du remarquable coup de communication en donnant ce nom « qui claque » (et qui interpelle) au physarum polycephalum et du buzz qui a suivi, force est de constater que le blob est fascinant à plus d’un titre.

 

Quatrième de couverture :

Ni animal, ni plante, ni champignon, le blob est une masse jaune à la texture spongieuse et aux capacités étonnantes ! Sans bouche, sans yeux ni estomac, cet organisme unicellulaire parvient néanmoins à voir et à digérer. Découpé en morceaux, il cicatrise en deux minutes, est capable de se reproduire (il présente pas moins de 720 sexes), de communiquer, de résoudre des énigmes et d’avoir différentes personnalités alors même qu’il n’a pas de cerveau. Dénué de membres, il se déplace et adapte sa taille à son environnement. Ses seuls ennemis sont la sécheresse et la lumière, qu’il fuit en « hibernant ». Derrière ses allures d’ovni, cette espèce promet des avancées scientifiques majeures : réponses sur les origines de l’intelligence, solutions pour prolonger notre longévité, traitement du cancer, découverte de nouveaux médicaments, amélioration de nos réseaux de transports… Nous n’avons pas fini d’entendre parler du blob !

 

C’est décidé, j’adopte un blob !

Souvenez-vous de ce film d’horreur de 1988 (ou de l’original de 1958 avec Steve McQueen) dans lequel une créature venue de l’espace ne cessait de grandir en dévorant les êtres humains qui se trouvaient sur son passage (aaaah, la scène dans la cuisine… 😀 )… Bon, le vrai blob, physarum polycephalum de son nom scientifique, est moins vorace mais l’analogie est bien vue : il est un peu visqueux, jaune, il se déplace (mais n’a pas de membres), bien nourri (avec de simples flocons d’avoine rassurez-vous) il peut doubler de taille tous les jours, si vous le coupez en deux il cicatrise en quelques secondes et vous obtenez deux blobs vivants et indépendants (des clones !) qui sont capables de refusionner ultérieurement, etc…

Ce ne sont là que quelques-unes des propriétés surprenantes de cet organisme qui n’est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon, bien qu’il ait certaines caractéristiques de ces trois règnes (il se reproduit avec des spores comme les champignons, produit des pigments comme les plantes et se déplace comme les animaux). Mieux, le blob n’est rien de moins qu’une seule et unique cellule, géante, composée de millions de noyaux. Si vous voulez observez une cellule vivante à l’œil nu, allez observer un blob.

Il est capable de détecter de la nourriture (alors qu’il n’a aucun organe sensoriel), de trouver le chemin le plus court dans un labyrinthe, d’optimiser un réseau, d’apprendre et même de transmettre des « connaissances » (à son échelle hein, mais quand même), d’anticiper des stimuli, de rentrer en dormance si les conditions lui sont défavorables, un état dans lequel il peut rester plusieurs mois voire plusieurs années avant de se réveiller en pleine forme une fois les bonnes conditions retrouvées. Il a des préférences alimentaires et un comportement différent en fonction de ses origines. Pas mal pour une simple cellule dépourvue de cerveau et de tout système nerveux. Voilà des éléments qui font vaciller certaines certitudes scientifiques…

Tout cela est développé dans ce livre d’Audrey Dussutour, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander », sorti en 2017. Depuis, la recherche a continué, d’autres publications scientifiques ont avancé sur le sujet, mais ce nom trouvé par Audrey Dussutour (un coup de génie question communication, il faut bien le dire !) colle à la peau de physarum polycephalum, et l’impact médiatique a même permis au blob d’aller sur l’ISS au côté de Thomas Pesquet, mais aussi dans les écoles pour une expérience éducative et collective, « Elève ton blob », reproduisant celle menée par l’astronaute en micropesanteur. Il est également entré au Parc Zoologique de Vincennes et dernièrement il a même fait l’objet d’une campagne de science participative de grande ampleur, « Derrière le blob, la recherche », auprès de 15 000 volontaires expérimentateurs (car oui, vous pouvez élever un blob chez vous, votre serviteur s’y est même mis tout récemment… 😀 ) pour mesurer l’impact du réchauffement climatique sur la petite créature jaune, avec toujours cette volonté d’Audrey Dussutour de mettre la science en avant, et ici la méthode scientifique avec un vrai protocole expérimental à respecter (groupe de contrôle non soumis à expérience et groupe expérimental, etc…). Deux records du monde ont même été battus il y a quelques jours !

Bref, le blob fait parler de lui, fait parler de science auprès des plus petits comme des plus grands, il n’y a donc rien de plus logique que de voir qu’Audrey Dussutour (que certains ont pu voir en conférence aux Utopiales en 2018) a gagné la médaille de la médiation scientifique du CNRS en 2021.

Tout cela s’est passé après la sortie du livre en 2017 (puis en poche fin 2019), mais c’est dans la droite lignée de ce qu’il propose : un état de la science sur le blob, tout autant qu’une autobiographie d’une femme scientifique qui lutte pour trouver des financements au sein d’une communauté scientifique qui marche parfois sur la tête ou bien un plaidoyer pour la recherche fondamentale (en opposition avec la recherche appliquée, plus concrète, dont les résultats sont immédiatement visibles) qui peut paraître « sans intérêt » (j’y mets bien sûr les guillemets qui s’imposent) mais qui mène bien souvent à des découvertes importantes. Les deux sont évidemment nécessaires, mais la recherche fondamentale, moins « évidente » de prime abord, ne doit pas être réduite à portion congrue. C’est écrit simplement, c’est instructif, drôle, et c’est surtout passionnant. Il faut dire qu’avec le blob pour sujet, il y a matière à curiosité, étonnement et fascination.

Et pour compléter, on pourra regarder le documentaire d’Arte, « Le blob, un génie sans cerveau », produit en 2019 (dispo en VOD et DVD), qui est une sorte de mise en image du livre (sans les considérations autobiographiques, donc uniquement centré sur le blob) et permet de mieux visualiser les expériences autour de ce curieux et attachant (si si !) organisme unicellulaire. Passionnant je vous dis !

 

  
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