Cheval de Troie, Journal d’un AssaSynth tome 3, de Martha Wells

Posted on 26 octobre 2020
Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un peu plus de son passé dramatique mais “effacé” et des affaires plutôt sombres de la corporation GrayCris, entrevues dans les deux tomes précédents.

 

Quatrième de couverture :

« Je n’ai vraiment pas de bol avec les transports autopilotés.
Le premier à me prendre en stop n’avait eu d’autre motivation que celle de profiter de ma collection de fichiers multimédias.
L’emmerdeur de vaisseau expéditionnaire, EVE, le temps de notre collaboration, avait menacé de me tuer, regardé mes émissions préférées, altéré ma configuration structurelle, fourni un excellent soutien tactique, argumenté jusqu’à me convaincre de jouer les consultants en sécurité, sauvé la vie de mes clients et nettoyé derrière moi quand j’avais dû assassiner des humains. (C’étaient des méchants.) EVE me manquait beaucoup.
Et il y avait ce transport-ci.
 Qui s’était mis en tête de me confier le maintien de l’ordre à bord et de m’envoyer des notifications à chaque querelle entre passagers. Imbécile que je suis, j’y avais répondu. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi-même. »

Enfin parvenu sur la planète Milu, AssaSynth est contraint d’endosser de nouveau son rôle de SecUnit afin de protéger son identité et, au passage, des clients officieux, accompagnés d’un bot de compagnie, Miki.

Confronté à plus puissants que lui, mais aussi à l’innocence déstabilisante de Miki, notre androïde devra allier les deux parts de son être pour survivre : la puissance de feu du robot et le libre arbitre de l’humain.

“Défaillances systèmes”, la première des quatre novellas qui forment “Journal d’un AssaSynth”, a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.

 

Terminator bisounours

On poursuit donc les aventures de l’androïde de sécurité qui a réussi à hacker son module superviseur, lui permettant de devenir seul maître de ses décisions, chose par ailleurs absolument illégale. Pensez donc : un androïde aux capacités hors du commun, soumis à son seul libre-arbitre ? Terrible danger pour l’humanité ! Sauf que l’androïde en question a plutôt tendance à vouloir se poser, au calme et si possible le plus loin possible de tout être humain, pour s’adonner à sa plus grande passion : regarder à la chaîne tout un tas d’épisodes de séries télévisées. Pour le danger, on repassera.

Pour autant, il semble avoir le chic pour s’attirer les ennuis, même s’il semble avoir pris toutes les précautions pour les éviter. A nouveau, ça ne rate pas : son idée de départ est d’infiltrer une station spatiale à l’abandon susceptible de contenir des renseignements sur les agissements de la corporation GrayCris (déjà à l’oeuvre dans les tomes précédents) pour rendre service au Docteur Mensah (personnage important du tome 1) en profitant d’un vaisseau chargé d’auditer la station pour savoir si elle mérite d’être sauvée. Pas question de suivre les auditeurs cependant, l’androïde a l’intention de faire ça de manière discrète, sans que sa présence ne soit relevée. Mais rien ne va se dérouler comme prévu, bien évidemment. Et notre AssaSynth, “victime” de ses bons sentiments, va à nouveau devoir utiliser ses talents d’androïde de sécurité tout autant que ses émotions très humaines.

La trame narrative reste donc à peu près dans la droite lignée des tomes précédents, il n’y a pas vraiment de surprise à attendre de ce côté. Ni d’un autre côté d’ailleurs, car même si le récit reste très agréable à lire, on sent peut-être venir les limites d’une recette qui peine à se renouveler, d’autant que les touches d’humour, un peu moins présentes que précédemment, semblent moins faire mouche.

Avec un début un peu longuet avant d’atteindre la fameuse station, on se prend à se demander si on n’est pas en train de lire le volume de trop. Puis soudain Martha Wells parvient à remettre son récit sur de meilleurs rails, tout d’abord avec une exploration à l’atmosphère tendue faisant nettement penser au film “Alien”, puis en lâchant les chevaux quand le calme cède la place à l’action. Le récit prend alors des allures d’excellent “actionner” à grand spectacle, avec un androïde à l’humour cynique et acide digne d’un Bruce Willis dans la série “Die Hard”.

Et on prend alors un vrai plaisir à voir notre androïde AssaSynth, libéré des contraintes de son module superviseur, ne pas pouvoir s’empêcher d’aider ces humains en détresse. On ajoutera à sa relation particulière avec l’humanité la relation de l’androïde de confort Miki avec sa propriétaire Abene, une relation qui amène à se poser de bonnes questions sur le statuts de ces androïdes et leur place dans la société, et aboutissant sur la fin à quelque chose de spécial (et pourtant totalement improbable tant tout semble les opposer) entre AssaSynth et Miki. A ce titre il est amusant de voir qu’après EVE dans le deuxième tome, AssaSynth évolue à nouveau au contact d’un être robotique plutôt qu’à celui des humains, ces derniers lui montrant moins d’empathie que les êtres pourtant artificiels. A moins que ce ne soit un tout. Mais AssaSynth cherchant à tout prix à éviter le contact humain (le fait qu’il soit considéré comme un être illégal joue évidemment beaucoup) alors qu’au début du texte il indique qu’EVE lui manque, il y a là quelque chose de révélateur…

Rien de nouveau sous le soleil donc, mais ça fonctionne encore. Malgré un début un peu délicat, “Cheval de Troie” parvient à emporter l’adhésion. La conclusion du récit, ouvrant très nettement sur le volume suivant (largement plus que les deux tomes précédents), rend la lecture de la quatrième novella à peu près indispensable. Une dernière novella avant que Martha Wells passe sa série au format roman. Mais ceci est une autre histoire…

 

Lire aussi les avis de Baroona, Anne-Laure, Herbefol, Lullaby, Dionysos, Lianne.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

  
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