Isabel des feuilles mortes, de Ian MacLeod – Hors-série 2019 “Une heure-lumière”

Posted on 6 mars 2020
Mon dernier article sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ remonte à… juin 2019 ! Le Projet Maki étant l’excuse idéale (si tant est qu’il en faille une) pour s’y mettre, on commence avec le hors-série 2019, offert pour l’achat de deux ouvrages de la collection (offre maintenant périmée, désolé pour les retardataires…) qui contient une nouvelle de Ian Macleod, déjà à l’affiche d’UHL avec “Poumon vert”.

 

Quatrième de couverture :

Une Heure-Lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres… C’est aussi le nom d’une collection réunissant vingt-deux titres à ce jour, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur. C’est enfin l’une des plus belles réussites de ces dernières années dans le champ hyper balisé des littératures de genre, ici fêtée avec ce hors-série 2019, le deuxième du genre, qui propose une longue novelette inédite du britannique Ian R. MacLeod, auteur dans cette même collection du très remarqué “Poumon vert”
Une heure-lumière… avec les étoiles pour horizon !

 

L’amour au-delà du dogme

Ian Macleod revient donc dans la collection “Une heure-lumière” après y être déjà apparu avec “Poumon vert”, récit qui ne m’avait pas vraiment (ou vraiment pas…) convaincu et qui partage d’ailleurs le même univers que le récit dont il est question ici. Lire ce hors-série, c’est donc un peu quitte ou double concernant l’auteur. Mais je fais confiance à l’équipe éditoriale du Bélial’ (à laquelle Olivier Girard, le grand manitou de cette maison d’édition, rend hommage dans son avant-propos), alors je tente le coup sans trop d’a priori.

“Isabel des feuilles mortes” se présente sous la forme d’une chronique retraçant la vie d’Isabel sur Gezira, “mégapole insulaire”, sorte de bulle de Dyson autour de l’étoile Sabil. Isabel est une banale jeune femme de la rue ayant rejoint, après la guerre des Lys qui a vu s’opposer les différentes Eglises de Gezira, l’Eglise de l’Aube dans laquelle elle va gravir les échelons pour devenir Chanteuse de l’Aube, c’est à dire plus ou moins l’une des nombreuses prêtresses chargées, tout en étant attachées à un grand crucifix tout en haut d’un minaret, de chanter la venue de la lumière alors que de gigantesques miroirs orientent la lumière de Sabil pour éclairer la surface.

Le dogme de l’Eglise de l’Aube est strict, et même particulièrement violent et malsain puisqu’en plus d’attacher les Chanteuses de l’Aube sur ce fameux crucifix, elle les rend aveugle (littéralement) pour qu’elles ne soient concentrées que sur leur sacerdoce. Mais Isabel parviendra miraculeusement à échapper à cette mutilation, ce qui lui permettra, alors qu’elle remarque un miroir mal aligné en haut du minaret, à rencontrer Genya, une bibliothécaire de la Cathédrale du Mot. Naîtra une histoire parfaitement platonique mais qui verra les deux jeunes femmes commettre des impairs mineurs que leur communauté respective ne va pourtant pas apprécier du tout.

La charge de Ian MacLeod contre la religion est très claire, sans en viser une en particulier d’ailleurs : le crucifix fait bien sûr référence au christianisme, les minarets à l’islam. Dogme strict, aliénation par la mutilation, violence extrême pour “faire un exemple” suite au non respect des règles, puis réutilisation de la figure du même martyr pour renforcer son influence sur les peuples, le discours est limpide.

Par ailleurs, Ian MacLeod met à nouveau sa belle plume (magnifiquement servie par l’impeccable traduction de Michelle Charrier) au service d’un récit qui se veut touchant et émouvant (l’histoire entre Isabel et Genya est simple et belle), dur aussi. Mais bizarrement, comme pour “Poumon vert”, le côté touchant de “Isabel des feuilles mortes” n’a pas totalement fonctionné, la faute peut-être à cet aspect “chroniques d’une vie” qui installe une certaine distance avec les faits, qu’ils soient doux ou violents…

Malgré tout beaucoup plus satisfaisant (et plus accessible) que “Poumon vert”, “Isabel des feuilles mortes” n’est donc pas tout à fait, malgré ses nombreuses qualités, le chef d’oeuvre attendu et ce n’est encore pas avec ce récit que ma rencontre avec un texte de Ian MacLeod tournera à l’épiphanie. Mais on s’en rapproche… Et comme Olivier Girard émet l’idée d’un recueil contenant les autres récits de l’auteur situés dans le même univers que les deux textes sus-cités, je garde espoir que ça finisse par arriver.

 

Lire aussi l’avis de Vert, Feyd-Rautha, Nicolas, Acaniel, Célindanaé, Lutin, Dionysos, Yuyine, Aelinel, Ombre Bones, Le Scribouillard.

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Hors du système solaire”).

 

  
FacebooktwitterpinterestmailFacebooktwitterpinterestmail