Zapping cinéma et VOD, épisode 56

Posted on 20 août 2020
Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films dont il est question ici me permettent de poursuivre mon exploration des oeuvres récentes sur les arts martiaux, la bonne surprise venant incontestablement de “Le maître d’armes” avec la star Jet Li.

 

Ip Man 4, de Wilson Yip

Cette fois ça y est, la saga dédiée au maître du wing chun, qui aura finalement clairement marqué le cinéma d’arts martiaux, touche à sa fin.

Les trois premiers films ne s’étaient pas vraiment fait remarquer par la subtilité de leur propos, exacerbant l’honneur chinois au détriment du vice des Japonais, des Européens ou des Américains. Rebelote ici avec Ip Man qui, alors qu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer, voyage à San Francisco (dans les années 60) pour trouver une école pour son fils qui défie régulièrement l’autorité. Il va y être confronté au racisme ambiant (dans plusieurs milieux : l’école, l’administration, l’armée) envers la communauté asiatique, alors que le communautarisme de cette diaspora (illustré par le rejet de Bruce Lee par les maîtres chinois du kung-fu qui n’apprécient pas de le voir présenter sa discipline aux Américains) n’aide pas non plus à l’intégration.

Ça n’est pas très subtil dans le propos (quoique si on y regarde de près, il y a quelques éléments qui apportent un peu de mesure (comme un gradé de l’armée à un peu plus ouvert que les autres), et les propos les plus outranciers viennent d’un membre des Marines, une entité dont je doute que l’on puisse dire qu’elle est des plus ouverte d’esprit…) mais comment en vouloir au film au vu des tensions Chine-USA actuellement ? Par ailleurs, le cinéma hollywoodien nous a tellement abreuvé de propagande pro-USA que le contrepoint qu’apporte le film, même s’il est simpliste, pas très moderne par les temps qui courent et ne fait peut-être que jeter un peu plus d’huile sur le feu (ou de caresser le public chinois, le coeur de cible du film, dans le le sens du poil), a le mérite de renverser un peu le discours habituel, au minimum très américano-centré.

Pour le reste, Donnie Yen (à presque 60 ans, respect !) est toujours aussi charismatique et emprunt d’une sérénité à toute épreuve, le méchant est tellement très très méchant que c’est un pur plaisir de voir Ip Man le ratatiner (en y laissant quelques plumes tout de même) et les scènes de combats, certes filmées de manière certes assez classique (souvent sur des rings, ce n’est pas très novateur, ni très risqué en terme de mise en scène…), sont dotées de chorégraphies ébouriffantes et d’une rare lisibilité (le cinéma US devrait vraiment en prendre de la graine). À ce titre, le combat final, climax logique, est très tendu, très brutal aussi, et même si on en devine évidemment l’issue, la tension engendrée par le violent salopard joué par Scott Adkins nous fait agripper les accoudoirs du siège. Saluons également le beau combat de rue mettant en scène Bruce Lee, qui réjouira ceux qui ont été frustrés par la manière dont Quentin Tarantino l’avait fait apparaître dans son dernier film.

Ce “Ip Man 4”, qui a donc la chance de sortir sur grand écran au contraire de ses prédécesseurs, reste donc un très digne représentant de cette saga qui a toujours su offrir de belles choses, sans non plus se départir de quelques défauts (la structure des quatre films se ressemble un peu, et certaines scènes de cet épisode 4 semblent directement tirées du deuxième film, jusqu’à un méchant qui fait penser dans son sadisme et sa démesure au boxeur anglais du même épisode), et pour laquelle j’aurais bien du mal a établir un quelconque classement entre les films.

Il y a donc, comme dans les autres films, de l’action, du fond (parfois contestable mais il a le mérite d’être là), un brin d’émotion (toujours très contenue avec le personnage de Ip Man), et ce long-métrage offre surtout une belle conclusion à une saga à laquelle je ne pensais pas m’attacher à ce point.

 

Le règne des assassins, de Su Chao-bin et John Woo

Ha tiens, John Woo ? Bon, ne nous emballons pas, il semblerait que la production du film ait surtout voulu mettre son nom sur l’affiche pour attirer les spectateurs alors que le cinéaste semble en réalité n’avoir joué qu’un rôle de producteur et ne s’est pas approché de la caméra… Quoiqu’il en soit, John Woo ou pas (et d’ailleurs je reparlerai bientôt du cinéma de John Woo un de ces jours à travers une énooooorme fresque historique), “Le règne des assassins” a bien des choses à proposer.

Du côté des acteurs déjà, avec le retour de Michelle Yeoh dans un film d’arts martiaux, ses premières amours (“Tai Chi Master”, “Wing Chun”) et ce qui l’a rendue célèbre (“Tigre et Dragon” bien sûr, si on ne compte pas le James Bond “Demain ne meurt jamais”). Toujours étincelante, elle campe ici un beau personnage, ancienne assassine, à la recherche d’une vie plus simple et retirée des affaires. Mais avant cela, elle décide de voler la moitié de la dépouille de Bodhidharma, alors que son clan d’assassins est à la recherche des deux moitiés dont la possession, dit-on, donne accès à de grands pouvoirs. Poursuivie, elle va devoir changer de visage pour commencer une nouvelle vie. Sauf que, bien évidemment, on ne trahit pas un clan d’assassins sans avoir à en payer le prix…

Alors bon, trahison, rédemption, romance, vengeance, etc… Rien de neuf. Mais même si l’originalité n’est pas au rendez-vous, si c’est bien fait, pourquoi se priver ? N’allez pas croire pour autant que “Le règne des assassins” est un film inoubliable, ce n’est pas le cas, mais il réserve son lot de retournements de situations (qu’on sent parfois venir quand même, notamment LE twist), de combats de sabre bien ficelés (et le terme “ficelés” n’est pas là par hasard tant les câbles sont ici très utilisés pour les voltiges aériennes), et d’une histoire somme toute déjà vue mais plutôt touchante et bien présentée.

On pourra quand même regretter un rythme un peu variable, et surtout une narration qui oublie la base de son scénario (bah oui, arrivé au bout du film, sans rien révéler de l’intrigue, on n’a aucune idée de ce qu’est devenue la dépouille de Bodhidharma après laquelle tout le monde court…). Ça fait un peu tâche…

Il n’empêche, pris comme un film pour se détendre, ça se laisse regarder sans déplaisir aucun. Mais à l’évidence, il n’a pas les épaules pour rivaliser ni avec le film au-dessus ni avec celui d’en-dessous.

 

Le maître d’armes, de Ronny Yu

Jet Li est une des stars asiatiques des arts martiaux, même s’il est moins mis en avant qu’il ne l’était par le passé, sans doute un peu éclipsé (en plus de s’être compromis dans des films européens ou américains de piètre qualité) par l’étincelant et omniprésent Donnie Yen. Toujours est-il que ce long métrage de 2006 est un des derniers grands films de la star, par la grâce d’un scénario simple mais universel, d’un personnage historique (mais comme souvent à l’histoire personnelle romancée voire dramatisée pour les besoins du film) qui donne du corps au film, et d’une prestation de Jet Li à la hauteur des enjeux (sur le plan martial comme sur le plan du jeu d’acteur).

“Le maître d’armes” (je parle ici de la version longue de 2h20, bien plus détaillée que la version classique de 1h45) démarre lors d’une présentation (par Michelle Yeoh) au CIO du wushu pour sa possible entrée au rang de sport olympique. Revenant sur ce qui fait l’essence de cet art martial, elle propose pour l’illustrer de raconter au public l’histoire de Huo Yuanjia.

Et nous voici donc revenu au XIXème sicèle, avec un tout jeune Huo Yuanjia qui doit faire face au refus de son père de lui apprendre les arts martiaux. Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner dans son coin… et de subir une sévère défaite contre un des ses “camarades” dont le père est un pratiquant d’une école rivale. Ce double trauma de jeunesse (et la défaite de son père dans un tournoi, de manière injuste) va orienter la vie de Huo Yuanjia, au moins dans sa première partie, lui qui décidera de tout faire pour être le meilleur, au prix d’une certaine insouciance et d’une arrogance certaine. Une vie vide de sens et surtout au mépris de la philosophie des arts martiaux qui est, en plus de simplement entretenir son corps, d’aider son prochain et de réparer les injustices. Une arrogance qui lui vaudra un drame personnel à l’issue d’une broutille qui se transforme en combat à mort, avec vengeance personnelle à la clé. Un drame qui poussera le personnage à l’exil dans un village isolé. Et ultimement à la rédemption et à la découverte d’une certaine philosophie de vie, plus en adéquation avec celle des arts martiaux.

Un scénario simple donc, déjà vu sans aucun doute, mais au message universel et qui, s’il est bien filmé (comme c’est le cas ici), fonctionne toujours. A défaut d’originalité, on trouvera donc ici du sens, en lien avec le support du film lui-même, les arts martiaux. Le fait que la vie de Huo Yuanjia, héros national en Chine, soit entourée dans le film par un cadre “méta” reposant sur la philosophie des arts martiaux (qui se conclut par une question montrant que tout le monde n’est pas à même de la comprendre), renforce ce message.

Jet Li campe efficacement un personnage qui prend conscience de ses actes, de ses biais, et qui va donc changer son orientation de vie au contact d’une vie rurale, frugale, et d’un début de romance chaste. On n’attendait pas forcément l’acteur sur ce plan là, mais il fait du bon travail, sans que ce soit digne de figurer dans les annales du cinéma mais c’est tout de même tout à fait convaincant.

Evidemment il y a des scènes de combats, notamment dans la première heure du film, celle qui voit l’arrogance du personnage le dominer, et de ce côté-là, sous la houlette de l’incontournable “action director” Yuen Woo-ping, ça envoie du lourd, notamment lors d’un combat “aérien” au-dessus de la foule et lors du “combat de trop” face à son rival dans la ville de Tianjin. Jet Li montre ici toute l’étendue de son talent martial. La suite de film est plus mesurée de ce côté-là, hormis un combat face à un énorme boxeur américain illustrant le changement de mentalité de Huo, et dans une longue scène finale où se succèdent quatre combats aux poings, à l’épée et à la lance, avant de revenir aux poings dans un duel face à un karatéka japonais, un modèle du genre où le respect de l’adversaire prime avant tout, un duel qui a en quelques sorte déjà eu lieu auparavant lors d’une cérémonie du thé qui a vu les deux protagonistes opposer leur divergence de vue, toujours dans un grand respect. Deux belles scènes qui tempèrent le propos un peu nationaliste du film (plus mesuré que dans nombre d’autre longs métrages).

Peu de choses à redire à ce film donc, qui offre son lot de combats spectaculaires, de scènes plus intimistes, poétiques même par moments, et d’un message venant soutenir et illustrer ce que doivent être les arts martiaux, à travers la vie du personnage de Huo Yuanjia et du cadre méta du film. Dans le genre des films d’arts martiaux, “Le maître d’armes” (titre français sans aucun intérêt face à un déjà discutable mais plus en accord avec le personnage “Fearless” dans les pays anglophones et un plus simple mais plus juste “Huo Yuanjia” dans les pays asiatiques) est sans aucun doute un film important.

 

  
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