Zapping VOD, épisode 61

Posted on 2 août 2021
Bon, cette fois on met Disney de côté, on laisse tomber les paillettes et les arcs en ciel pour aller vers quelque chose de plus sombre, plus mature. Et là, entre catastrophe nucléaire, invasion par des créatures extraterrestres hypersensibles au bruit et monstre destructeur, côté chaos on est servi.

 

Chernobyl, de Craig Mazin

Très largement plébiscitée, détenant même la première place au classement des meilleurs séries de l’histoire sur plusieurs sites de notation, « Chernobyl » a marqué de son empreinte le monde des séries télé lors de son arrivée en 2019.

À juste titre d’ailleurs puisque sans tomber dans le pathos ou l’émotion « facile », la série nous présente l’accident de Chernobyl et la gestion de crise de l’état soviétique sur un mode presque documentaire. L’effet n’en est que plus redoutable : on frémit devant ce qui a conduit à la catastrophe, et on est stupéfait quand on voit comment l’accident a été géré, entre communication de propagande et moyens archaïques pour tenter d’endiguer le problème.

Les hommes sont sacrifiés, parfois sans le savoir, parfois en connaissance de cause, les moyens semblent bien dérisoires devant une catastrophe majeure qui ne semble pas être comprise par les décideurs politiques. Heureusement que les scientifiques finissent par être écoutés sans quoi le désastre aurait pu être bien pire.

Très réaliste (les petits arrangements avec la réalité sont semble-t-il très peu nombreux) et donc absolument glaçante, parfois à la limite du soutenable quand on voit les effets des radiations sur les corps (et là encore, c’est tout à fait réaliste…), la série n’épargne pas le spectateur en lui dévoilant ce qui s’est passé à Chernobyl, avant et après l’accident, et la sidération l’envahit à plusieurs reprises devant la légèreté de certaines actions, la méconnaissance de certains dirigeants, la volonté de ne pas faire de vagues pour d’autres, et bien sûr l’impact sur la population.

Certaines scènes restent douloureusement en mémoire (l’enterrement sous une chape de béton, les irradiés, les nettoyeurs sur le toit de la centrale pendant un temps limité mais pourtant ultra dangereux, etc…), et même si la série est volontairement anti-spectaculaire on saluera la performance et la sobriété des acteurs, au premier rang desquels il me faut citer Emily Watson (nommée aux Golden Globes 2020 pour son interprétation), Stellan Skarsgård (lui aussi nommé aux Golden Globes 2020, et futur Baron Harkonnen dans le « Dune » de Denis Villeneuve) et Jared Harris (déjà excellent dans « The Terror », lui aussi nommé aux Golden Globes 2020 et futur Hari Seldon dans l’adaptation TV du « Fondation » de Asimov).

Tout à la fois passionnante et terrifiante, les cinq épisodes de cette mini-série ne peuvent laisser indifférents. « Chernobyl », meilleure série de l’histoire ? Difficile à dire, mais excellente série assurément, à condition de ne pas être dépressif.

 

Sans un bruit 2, de John Krasinski

Le premier « Sans un bruit » avait su créer la surprise avec un concept original (des créatures extraterrestres hypersensibles au bruit on ravagé l’humanité, condamnant les survivants à rester dans le silence le plus complet, sinon c’est la mort assurée), même s’il ne fallait pas y regarder de trop près question cohérence. Mais l’essentiel restait qu’il était efficace et parvenait à surprendre en jouant sur certains effets de réalisation pour accentuer son intensité (le son).

La suite reste sur la même tendance, sauf qu’évidemment l’effet de surprise ne joue plus. Un inévitable écueil qui n’empêche pas le film de bien fonctionner malgré tout, toujours en usant d’effets sonores adaptés aux personnages (une jeune fille est malentendante), avec quelques jumpscares à la clé.

Le concept restant le même, certains éléments paraissent toujours un peu tirés par les cheveux (un bébé sous oxygène pour qu’il ne pleure pas, sérieux ?), mais on passe volontiers sur ces séquences un peu tordues pour profiter d’un sympathique film de SF qui, plutôt que de renouveler son histoire (qui reprend quasiment pile à la fin du premier), préfère passer la main de manière symbolique à une nouvelle génération, les enfants étant les vrais acteurs de l’histoire.

Donc, oui ok, on n’y croit toujours pas une seconde, mais on passe quand même un « bon » moment de terreur silencieuse.

 

Shin Godzilla, de Hideaki Anno et Shinji Higuchi

Le podcast « C’est plus que de la SF » ayant récemment fait un épisode très intéressant sur la saga « Godzilla », l’idée de regarder un « vrai » Godzilla japonais a fait son chemin, et me voilà donc devant le dernier film (pour le moment) produit au Japon de cette vaste franchise.

Datant de 2016 et réalisé par Hideaki Anno (créateur de la série animée « Neon Genesis Evangelion ») et Shinji Higuchi (qui a travaillé en tant que scénariste sur la même série et réalisé plusieurs films), le film est un « reboot » de la franchise, effaçant jusqu’au tout premier film emblématique de 1954. Contrairement à la plupart des autres longs métrages mettant en scène Godzilla, ce dernier est donc seul et ne se retrouve pas confronté à toutes sortes d’autres monstres.

Filmé sur un ton résolument réaliste, Godzilla, clairement identifié comme étant une résultante de la pollution des océans par des déchets nucléaires, est ici un prétexte pour analyser et critiquer (c’est le moins que l’on puisse dire…) les réactions d’un gouvernement confronté à une crise majeure, inattendue, destructrice et causant des ravages parmi la population. Un tel évènement de cette ampleur, dans le secteur du nucléaire, se serait-il produit au japon ces dernières années ?…

Car en effet, sur un montage très « cut », les réalisateurs nous montrent frontalement les atermoiements d’un gouvernement engoncé dans des procédures interminables (il faut une réunion pour valider la décision prise dans une autre réunion, et il faut pour cela aller dans une nouvelle salle de réunion située un ou deux étages plus haut que la précédente, etc…), incapable de prendre la mesure de l’évènement et donc de prendre une quelconque décision, jusqu’à finalement mentir pour être directement contredit par les évènements quelques minutes après.

Bref, la critique est rude, et la classe politique en prend pour son grade, entre vieux pachas masculins (une seule femme est présente) qui ne comprennent pas ce qui se passe et arrivistes ambitieux. Seule la jeunesse semble trouver grâce au yeux des réalisateurs, dès lors qu’elle parvient à sortir des chemins bien balisés d’une hiérarchie politique mise sur la touche.

Et Godzilla dans tout ca ? On pourra toujours sourire sur le design du monstre (notamment lors de sa première apparition) lui donnant un look que je qualifierais poliment de « curieux » (on dirait une murène sous ecstasy…), et son animation très statique (loin de ce que nous ont présenté les Américains en 2014 avec leur « Godzilla »), mais on oublie rapidement cela quand on se rend compte que ce n’est pas Godzilla qui importe, ni même les personnages humains qui se débattent dans un film qui en fait n’a pas de héros.

Tout cela n’empêche pas d’insuffler une forme de sidération dans la tête du spectateur en lui offrant des images de villes ravagées, dont on imagine bien qu’elles doivent fortement ressembler à ce qu’ont vu les Japonais lors de tsunamis (Fukushima là encore) ou de tremblements de terre qui ont secoué le pays.

On a donc un vrai et superbe film de monstre, dont la symbolique dépasse très largement le genre qu’il illustre. Son message est éloquent, et certains thèmes, même si typiquement japonais et liés à leur histoire (le choix fait par les alliés des Japonais pour se débarrasser de la bête, là encore très fort symboliquement), font mouche. « Shin Godzilla » est donc un film majeur, un film de monstre qui est presque l’exact opposé de ce qu’avait proposé Gareth Edwards en 2014, loin de toute esbrouffe, visuelle comme émotionnelle. C’est un film tout à fait sérieux, qui a bien mérité les multiples récompenses glanées au Japon. Et l’incompréhension devant l’absence de distribution en France est totale. Excellent !

 

  
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